Ahlul Bayt Nouvelles Agence (ABNA): Du point de vue du ministère, il s’agit « d’une ingérence non dissimulée dans les affaires intérieures ». Le ministère a également qualifié de « cynique et provocatrice » la comparaison des vérifications des ONG avec « la chasse aux sorcières ». Cette réaction disproportionnée de la diplomatie américaine s’explique par le blocage des canaux de financement des structures « amies » de Washington après la fermeture du bureau de représentation de l’USAID (Agence américaine pour le développement international) en Russie et l’interdiction du financement de l’étranger des activités politiques, estiment les autorités russes.
Il s’agit très probablement d’une réaction énervée de Washington face aux vérifications judiciaires de certaines ONG russes financées de l’étranger. Ces inspections ont eu lieu au printemps 2013, après l’entrée en vigueur de la loi russe imposant à toutes les ONG engagées dans les activités politiques et financées de l’étranger l’obligation de se faire enregistrer comme agents de l’étranger. Comme l’a déclaré au printemps le président Vladimir Poutine, les vérifications étaient une procédure de routine destinée à rendre les activités des ONG conformes à la loi. Il faut dire que les organes judiciaires avaient des raisons objectives d’agir, parce que plusieurs ONG russes comme le Groupe d’Helinski de Moscou, en partie financé par l’USAID, ont délibérément déclaré qu’elles refusaient de se faire enregistrer comme agents de l’étranger.
Mais les États-Unis ont décidé que les vérifications en question étaient destinées à mettre en échec les activités de la société civile. « C’est une sorte de chasse aux sorcières », a déclaré la porte-parole d’alors du Département d’État Victoria Nuland, faisant par ailleurs état de l’intention des États-Unis de poursuivre le financement par des tiers.
Olga Kostina, membre de la Chambre civile russe et leader du mouvement « Soprotivlenié » (Résistance) a alors fait remarquer que les vérifications périodiques du secteur associatif qui se veut transparent, ne doivent pas inquiéter les honnêtes gens.
De son côté, la directrice générale de l’Institut d’études et d’initiatives en matière de politique extérieure Veronika Kracheninnikova, a rappelé dans son interview au journal Vzgliad (Regard) que jusqu’à tout récemment, une partie considérable de la population russe ne comprenait pas ce qu'était une ONG. Les experts le comprenaient parfaitement mais les activités des ONG visaient justement les gens de tous les jours. Alors, le fait de désigner certaines d’entre elles comme agents de l’étranger est une démarche très importante parce que les gens doivent savoir à qui ils ont affaire.
En général, du point de vue de Mme Kracheninnikova, la limitation de l’influence des ONG étrangères répond aux intérêts à long terme de la Russie, d’autant plus que cette limitation est en passe de devenir une tendance dans le monde. Dans certains pays comme l’Inde, il est même interdit de financer les ONG de l’étranger. L’experte a également attiré l’attention sur l’hypocrisie avérée des milieux officiels occidentaux qui se servent des ONG comme leurs agents d’influence. Les gens mus par des sentiments sincères et qui ne sont pas au fait des subtilités de la politique internationale sont souvent manipulés par eux.
La tâche que se donne l’Occident est simple et consiste à créer une infrastructure qui pourrait être utilisée pour provoquer des désordres de masse sous n’importe quel prétexte. C’est ainsi qu’en Turquie, tout a commencé par une manifestation relativement peu nombreuse des défenseurs du parc Gezi à Istanbul, mais deux jours plus tard, les protestations ont pris un caractère manifestement politique et antigouvernemental et se sont accompagnées de tentatives bien coordonnées de provoquer la police pour qu'elle intervienne en force. Idéologiquement, c’est la substitution de l’émeute et de l’inobéissance aux notions de liberté et d’égalité. De nombreux experts russes proposent d’appeler les choses par leur nom : le financement de l’étranger s’assimile à la corruption des organisations politique et du secteur associatif et à la formation de la « cinquième colonne ». On nous fait croire implicitement que la société civile ne peut pas exister en Russie sans l’aide étrangère. Pourtant, la corruption est en contradiction flagrante avec les principes de l’authentique démocratie et fait que les ONG s’adaptent aux demandes de leur « commanditaires » même si elles perdent le cas échéant le soutien dans leur propre pays.
L’ancien directeur de la CIA James Woolsey qui dirige depuis longtemps The Freedom House, organisation notoire de « défense des droits de l’homme », déclarait en son temps ouvertement qu’après avoir gagné « la troisième guerre mondiale » (lire « guerre froide »), les États-Unis étaient en train de mener « la quatrième guerre mondiale » contre les régimes antidémocratiques. Quant au politologue britannique Anatol Lieven, il estime que « la combinaison de l’influence politique américaine et de la promotion très sélective des valeurs démocratiques a fait des États-Unis un adversaire redoutable de n’importe quel pays qu’ils assimilent à leur ennemi ».
Fin/229
11 septembre 2013 - 19:30
Code d'info: 462274
Le Département d’État des États-Unis incite les ONG russes à violer la loi. Telle a été la réaction du Ministre des affaires étrangères russe à la récente déclaration du Département d’État américain faisant état de la poursuite du financement de certaines ONG par des intermédiaires dans des pays tiers.