29 octobre 2026 - 13:09
Au Pendjab, plus de 165 mosquées restaurées grâce à la solidarité des sikhs et des hindous

Dans l’État indien du Pendjab, des habitants sikhs et hindous contribuent à la restauration de mosquées abandonnées depuis la partition de 1947. Dons de terrains, financement des travaux et fourniture de matériaux permettent aux communautés musulmanes de retrouver des lieux de prière, tandis que ces initiatives contribuent à renouer les liens entre les habitants de différentes confessions.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : À Jakiwal, dans le district de Fatehgarh Sahib, Gajju Khan, âgé de 87 ans, espère entendre de nouveau l’appel à la prière dans la mosquée de son village. Enfant, il a vécu les violences qui ont accompagné la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947. Ses parents ont été tués dans leur village d’origine, tandis que des voisins sikhs ont protégé ses frères et lui-même.

La restauration de la mosquée, soutenue par des habitants sikhs et hindous, permettra aux 18 familles musulmanes du village d’y accomplir leurs prières.

Bibi Rajinder Kaur, une habitante sikhe de 77 ans, a convaincu son petit-fils de céder une partie des terres agricoles familiales pour contribuer au projet. Jusqu’alors, les musulmans du village devaient parcourir quatre kilomètres pour se rendre dans un lieu de prière.

« Rien n’est plus beau que d’offrir à quelqu’un un lieu où pratiquer son culte », explique-t-elle. Pour cette habitante, la restauration de la mosquée représente également une manière de panser les blessures du passé.

Les conséquences durables de la partition de 1947

La partition de l’Inde britannique et la création du Pakistan ont divisé le Pendjab, provoquant des violences intercommunautaires massives et des déplacements forcés de population. Dans la partie orientale du Pendjab, intégrée à l’Inde, la population musulmane a presque entièrement disparu de nombreux villages.

Des centaines de mosquées ont alors été abandonnées, détruites ou transformées en granges et en entrepôts. Au cours de la dernière décennie, des habitants sikhs et hindous ont cependant entrepris de restaurer plusieurs de ces édifices. Même dans les villages qui ne comptent plus de résidents musulmans, certains habitants invitent des fidèles des localités voisines ainsi que des responsables religieux à venir y prier.

À Poonawala, dans le district de Sangrur, Jaspal Sharma, issu d’une famille hindoue appartenant à une tradition sacerdotale, a donné un terrain pour la construction d’une mosquée. Lors de son inauguration, en février, il a également organisé un repas collectif pour les habitants du village.

Bien que la localité ne compte que quelques foyers musulmans, Sharma considère la construction de la mosquée comme un devoir envers ses voisins. Des habitants sikhs et hindous ont également contribué au projet en donnant de l’argent, des briques et du ciment.

À Omarpura, dans le district de Malerkotla, Sukhjinder Singh Pander et son frère ont participé à la restauration d’un lieu de culte musulman. Selon Pander, les relations entre les communautés musulmane et sikhe restent étroites dans la région. Les habitants célèbrent ensemble l’Aïd al-Fitr, fête qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan, et Gurpurab, une fête religieuse sikhe.

Pander souligne également l’existence de racines culturelles communes au Pendjab. Selon une tradition populaire, le saint soufi Mian Mir, qui a vécu au XVIe siècle, aurait posé la première pierre du Temple d’Or des sikhs, situé à Amritsar.

Plus de 165 mosquées restaurées en neuf ans

Au cours des neuf dernières années, des habitants non musulmans ont participé à la restauration de plus de 165 mosquées au Pendjab. Ces initiatives ont été encouragées par Maulana Habib al-Rahman Thani Ludhianvi, ancien imam de la région.

Son fils, Maulana Muhammad Usman Rahmani Ludhianvi, lui a succédé en 2021. Il estime que les conséquences de la partition continuent de marquer la société pendjabie.

« La partition a déchiré le tissu naturel du Pendjab », affirme-t-il.

Malgré les tensions communautaires et les discours polarisants diffusés sur les réseaux sociaux, ces initiatives montrent que, dans de nombreux villages, les habitants continuent de se soutenir et de protéger leurs voisins, indépendamment de leur appartenance religieuse.

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