Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Selon le site d’information Al Jazeera Net, une guerre qui devait prendre fin en quelques semaines s’est transformée en une confrontation sans issue clairement définie. La République islamique d’Iran reste en place, le détroit d’Ormuz n’est pas revenu à la normale, le programme nucléaire iranien a été endommagé mais n’a pas été détruit, tandis que les stocks d’armements américains diminuent et que les coûts politiques et économiques de la guerre contre l’Iran augmentent.
Les principaux médias américains, notamment le New York Times, le Washington Post et le site d’information Axios, malgré leurs différentes approches, s’accordent sur un constat essentiel : Trump n’a obtenu ni une victoire militaire claire ni un accord de paix définitif. Il se retrouve en réalité entre guerre et paix et tente de transformer cette confrontation militaire en une pression économique à long terme afin de trouver une issue qui puisse être présentée comme une victoire.
Une guerre courte devenue une longue impasse
Peter Baker, correspondant principal du New York Times à la Maison-Blanche, dresse un tableau sombre de la situation. Il estime que la guerre de Trump contre l’Iran, qui est entrée aujourd’hui dans son sixième mois, est devenue une impasse créée par le président américain lui-même : une guerre sans objectifs clairs, sans stratégie précise et sans fin en vue.
Dans son article, Baker souligne que Trump, arrivé à la Maison-Blanche en critiquant les guerres sans fin, dirige désormais une guerre qui en présente les mêmes caractéristiques. Il est entré en guerre contre l’Iran le 28 février 2026, pensant lancer une courte campagne militaire. Six mois plus tard, il hésite désormais entre la reprise de bombardements massifs et la conclusion d’un accord susceptible de répondre à ses exigences.
Trump a affirmé à plusieurs reprises que les États-Unis avaient déjà remporté la victoire et a même annoncé en juin que la guerre était terminée, après l’instauration d’un cessez-le-feu qui n’a pas duré longtemps.
Dans le dernier exemple de cette contradiction, évoqué par le journaliste du New York Times au début de son article, Trump a publié sur les réseaux sociaux une image de lui-même debout à côté d’un porte-avions, d’avions de combat et de drapeaux américains, avec la mention « Mission accomplie 2026 ». Cette expression rappelle, de manière ironique ou involontaire, le célèbre slogan « Mission accomplie » de l’ancien président américain George W. Bush après l’invasion de l’Irak en 2003. Pourtant, la réalité ne correspond pas à l’annonce de victoire de Trump.
Divergences sur le résultat de la guerre contre l’Iran
Dans l’évaluation des experts cités par le New York Times, Richard Haass, ancien responsable de la planification politique au département d’État américain, qualifie cette guerre d’échec catastrophique. Selon lui, l’Iran a tiré un avantage stratégique de l’ancienne guerre en Irak et de la guerre actuelle, notamment parce que Téhéran a réussi à influencer les marchés de l’énergie en perturbant leur fonctionnement.
Cette analyse rejoint les déclarations du sénateur Jack Reed, chef des démocrates à la commission des forces armées du Congrès américain. Il a déclaré que Trump avait engagé les États-Unis dans une politique vouée à l’échec, aux dimensions historiques, qui n’a atteint aucun objectif et a affaibli la position de Washington sur la scène internationale.
Peter Baker rapporte cependant également le point de vue des défenseurs de la guerre. Mark Dubowitz, directeur général de la Foundation for Defense of Democracies, estime que Trump a exercé une pression considérable, plaçant le gouvernement iranien dans sa situation la plus faible depuis 47 ans. Selon lui, l’administration américaine a trouvé une zone de pression idéale entre guerre et négociation.
Victor Davis Hanson, chercheur à la Hoover Institution, estime également que Trump met en œuvre une stratégie « Anaconda », fondée sur l’étouffement progressif de l’adversaire par des pressions économiques et militaires, avec un coût humain et financier inférieur à celui des guerres en Irak et en Afghanistan.
Steven Cook, chercheur au Council on Foreign Relations, présente toutefois une évaluation plus nuancée. Il a déclaré au New York Times que la guerre menée par les États-Unis et le régime sioniste contre l’Iran révélait le style audacieux de Trump, mais aussi son manque de prudence et de préparation. Selon lui, si les États-Unis finissent par l’emporter, ce sera parce qu’ils restent une puissance malgré les erreurs de Trump, et non parce que le gouvernement américain applique une stratégie efficace.
Le gouvernement iranien reste en place ; les objectifs ne sont pas atteints
L’une des principales contradictions de la guerre américaine contre l’Iran est que l’un de ses objectifs essentiels, à savoir modifier l’équilibre politique en Iran, n’a pas été atteint.
L’ayatollah Seyyed Ali Khamenei, ancien Guide de la République islamique d’Iran, a été tué lors des premières attaques, mais la République islamique d’Iran ne s’est pas effondrée et l’ayatollah Seyyed Mojtaba Khamenei lui a succédé. La structure dirigeante à Téhéran reste également en place et conserve sa capacité de riposte.
Le New York Times écrit que les capacités militaires iraniennes, notamment les forces aériennes et navales, ont subi de lourds dommages et que la capacité de Téhéran à soutenir ses forces alliées dans la région a diminué. Toutefois, cela n’a pas supprimé la capacité de l’Iran à attaquer les bases américaines et celles de leurs alliés dans la région.
Le programme nucléaire iranien a également subi de lourds dommages, mais n’a pas été détruit. Selon l’analyse du journal, l’Iran n’est toujours pas disposé à abandonner son programme nucléaire et certains analystes estiment que Téhéran pourrait reconstruire une partie de ses capacités.
Richard Haass estime que l’Iran a tiré un avantage stratégique des deux guerres menées par les États-Unis dans la région. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein a renforcé l’influence iranienne. Dans la guerre actuelle, Téhéran a également démontré sa capacité à influencer les marchés mondiaux de l’énergie en perturbant la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Le détroit d’Ormuz : le test le plus évident de l’échec à obtenir un résultat décisif
Dans ce dossier, les analyses des trois médias américains convergent de manière remarquable.
Trump affirme que le détroit d’Ormuz est ouvert et que les États-Unis y acheminent des quantités croissantes de pétrole, mais cette affirmation ne semble pas suffisamment étayée.
Selon le Washington Post, plus de 100 navires traversaient quotidiennement le détroit d’Ormuz avant la guerre. Or, selon les données de Kpler, entreprise spécialisée dans le suivi du transport de marchandises et du trafic maritime, ce nombre n’était plus que de cinq navires lors d’une journée de cette semaine.
Le New York Times fournit un chiffre encore plus significatif : la moyenne du trafic maritime est tombée à environ 12 navires par jour, contre 130 avant la guerre.
Le détroit d’Ormuz est ainsi devenu l’un des principaux indicateurs de l’impasse américaine. Washington n’a pas réussi à rétablir le trafic maritime à son niveau d’avant-guerre et ne souhaite pas non plus entrer dans une confrontation plus dangereuse qui pourrait nécessiter une opération militaire de plus grande ampleur.
Cette crise affecte directement la vie des Américains. Selon les chiffres publiés par le New York Times, le prix moyen de l’essence aux États-Unis a atteint environ 4,09 dollars par gallon, soit une hausse de 1,10 dollar depuis le début de la guerre.
L’option économique : une issue ou l’aveu des limites de la puissance ?
Après l’échec de l’option militaire et l’échec de la voie diplomatique, Trump s’est orienté vers une troisième stratégie : imposer des sanctions économiques à l’Iran afin de contraindre Téhéran à se soumettre.
En août, le président américain a parlé de la plus grande opération économique dévastatrice jamais menée contre un pays. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, l’a également qualifiée de « journée de mise en œuvre économique » contre l’Iran et a menacé de sanctions les pays et les entreprises qui continueraient à coopérer avec Téhéran.
Mais le Washington Post met en évidence une contradiction fondamentale dans cette option. Bessent a parallèlement atténué la portée de ces menaces et souligné que les sanctions ne seraient pas appliquées immédiatement. Il a notamment demandé pourquoi il devrait « détruire le système financier mondial ».
Le journal cite Richard Nephew, l’un des principaux architectes du régime de sanctions contre l’Iran sous l’administration de Barack Obama. Selon lui, le message adressé aux Iraniens était parfaitement clair : les mesures que Washington est prêt à prendre ont leurs limites.
Nephew estime que la principale inquiétude est que la guerre américaine contre l’Iran ait révélé simultanément les limites de la pression militaire et économique, poussant l’Iran à conclure qu’il peut résister à l’ensemble de ces pressions.
C’est précisément là que se situe le problème. Si ni la puissance militaire ni les sanctions économiques ne parviennent à contraindre Téhéran à se soumettre, Washington pourrait perdre les instruments de pression sur lesquels il s’est appuyé.
L’affaiblissement des capacités américaines : un coût qui dépasse l’Iran
Le coût de la guerre contre l’Iran ne se limite pas à la hausse des prix de l’énergie ou aux pertes humaines. Le Washington Post a rapporté que les stocks du Pentagone de certaines armes avancées ont fortement diminué.
Selon ce rapport, les États-Unis ont perdu environ un quart de leurs drones Reaper et leurs stocks de missiles Patriot ont également fortement diminué.
Le New York Times affirme que le nombre de missiles Patriot restant dans l’arsenal américain est passé d’environ 2 330 à un maximum de 759 le mois dernier, selon une estimation fondée sur les données du Center for Strategic and International Studies.
Cette érosion affecte également les alliés de Washington. Certains pays se montrent plus prudents dans l’envoi d’une aide militaire à l’Ukraine ou aux pays arabes, craignant d’avoir eux-mêmes besoin de ces armes si la capacité des États-Unis à les fournir venait à diminuer.
Selon le Washington Post, d’anciens responsables américains ont averti que les alliés des États-Unis au Moyen-Orient avaient eux aussi commencé à se couvrir contre les risques. Autrement dit, la présence américaine, qui constituait auparavant une source de protection pour eux, est devenue au cours de la guerre un facteur susceptible de les exposer à des attaques.
Aux États-Unis, la guerre contre l’Iran n’est désormais plus seulement une question de politique étrangère. La hausse des prix du carburant et des marchandises pèse sur la popularité de Trump, tandis que les élections de mi-mandat approchent.
Selon un sondage Reuters-Ipsos cité par le New York Times, la popularité de Trump est tombée à 33 %. Seuls 31 % des Américains soutiennent la guerre, tandis que 63 % s’y opposent.
Ces chiffres placent le président américain face à une équation difficile. Plus la guerre contre l’Iran se prolonge, plus son coût politique augmente, tandis que toute escalade militaire décidée par Trump accroît les risques économiques et militaires.
Six mois, six voies de sortie changeantes
Le site d’information Axios fournit, à travers une série de déclarations de Trump, le meilleur résumé des changements de sa stratégie.
Selon Axios, la guerre contre l’Iran avait commencé avec des objectifs militaires précis, notamment la destruction des capacités balistiques iraniennes, l’élimination de la marine iranienne, l’empêchement de l’Iran d’obtenir une arme nucléaire et la fin de la capacité de Téhéran à soutenir des groupes armés à l’extérieur de ses frontières.
Trump avait ensuite déclaré en avril avoir atteint presque tous ses objectifs militaires et affirmé qu’un accord de paix à long terme était proche.
En juin, il avait également annoncé la conclusion d’un accord avec l’Iran qui, selon ses propres termes, permettrait d’obtenir tout ce que les États-Unis cherchaient à réaliser.
Mais le protocole d’accord prévoyant la cessation des hostilités, la réouverture du détroit d’Ormuz et des négociations nucléaires pendant 60 jours s’est ensuite effondré, souligne Axios.
En juillet, Trump avait annoncé qu’il ne souhaitait plus engager de dialogue avec l’Iran, avant de présenter à nouveau deux options : poursuivre la voie militaire ou parvenir à un accord. En août, une troisième option est apparue : une guerre économique de grande ampleur.
Ainsi, comme le résume Axios, la guerre contre l’Iran, qui devait durer quatre ou cinq semaines, s’est transformée en une guerre de six mois, tandis que la voie de sortie des États-Unis n’a cessé de changer.
Conclusion : ni victoire ni paix
Les analystes cités par les trois médias américains peuvent diverger sur l’ampleur des dommages infligés à l’Iran par les États-Unis. Mark Dubowitz estime que la République islamique est plus faible que jamais, tandis que d’autres considèrent que c’est Washington qui sort de cette guerre plus affaibli qu’auparavant.
Mais le principal point commun entre les analyses du New York Times, du Washington Post et d’Axios n’est pas de savoir si l’Iran a remporté la victoire ou si les États-Unis ont subi une défaite militaire. Il est que la guerre n’a pas atteint les objectifs annoncés et n’a pas non plus débouché sur une paix durable.
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