Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Le réseau CLAIM, qui regroupe des initiatives civiles et des centres de conseil dans 15 Länder allemands, a présenté un bilan accablant de l'année 2025. Sur les 4 096 incidents répertoriés, 224 étaient des agressions physiques, incluant deux homicides et quatre tentatives de meurtre. Les autres cas comprennent des insultes, des discriminations au travail ou dans les administrations, et des actes de vandalisme (320 cas) ou d'incendie volontaire (5 cas).
L'étude, qui s'appuie sur des données policières, des rapports médiatiques et des témoignages, met en garde contre un processus de normalisation de ces violences. « La répétition des discriminations conduit les victimes à considérer ces comportements comme ordinaires, et donc à ne plus les signaler », explique Rima Hanano, codirectrice de l'organisation, citée par le quotidien die Tageszeitung.
Parmi les cas documentés, une adolescente de Greifswald a été victime d'insultes racistes et d'une tentative d'arrachage de son voile par un groupe de jeunes. À Düsseldorf, une femme de 52 ans a été grièvement blessée en raison de son port du hijab. Dans un autre exemple, un élève musulman du Schleswig-Holstein a rapporté que son enseignant l'interrogeait systématiquement sur ses positions personnelles concernant l'extrémisme et le terrorisme, lui demandant à plusieurs reprises de désavouer publiquement ces actes.
Une sous-estimation massive des chiffres réels
Le rapport souligne que les statistiques officielles ne reflètent qu'une infime partie de la réalité. Selon une enquête commandée par l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, seulement 4 % des musulmans ayant subi des discriminations en 2025 ont déposé plainte. Les témoignages recueillis par le réseau CLAIM indiquent que la méfiance envers la police et les institutions publiques est le principal frein à la déclaration des actes subis.
Des discriminations systémiques et une couverture médiatique biaisée
Au-delà des violences physiques, le rapport pointe une discrimination systémique dans les écoles, les lieux de travail et les administrations. Une enquête menée auprès de 468 musulmans révèle que 44 % d'entre eux ont subi des discriminations dans leur environnement professionnel, et 55 % dans les bureaux des étrangers.
La couverture médiatique est également mise en cause : les musulmans y sont souvent présentés comme des délinquants potentiels ou une menace pour la société, alimentant un climat de suspicion. « Les discours anti-musulmans, autrefois cantonnés à l'extrême droite, gagnent désormais les franges modérées du spectre politique », alerte Rima Hanano.
Un sentiment d'exclusion et des financements menacés
Les conséquences de cette islamophobie ambiante sont lourdes : les victimes expriment un sentiment croissant de ne pas appartenir à la société allemande. Parallèlement, le réseau CLAIM s'inquiète pour son propre avenir, ses financements étant menacés par une éventuelle restructuration des programmes de soutien.
Saeed Idris Hashimi, coauteur du rapport, cité par le site ND, déplore que « le racisme anti-musulman n'est pas un phénomène marginal mais une réalité vécue par des milliers de personnes en Allemagne ». Il appelle à une prise de conscience des autorités fédérales, qui selon lui ne mesurent pas encore l'ampleur du problème.
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