Par la rédaction de l'Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA): Dans le lexique des relations internationales, les périodes de crise existentielle imposent généralement aux États de consolider leur front intérieur. À Bahreïn, la monarchie des Al Khalifa applique scrupuleusement la logique inverse. Face à l’escalade militaire régionale – marquée par des frappes de missiles et de drones contre les infrastructures occidentales de la région –, le pouvoir bahreïni a choisi de déplacer le conflit sur le terrain domestique, érigeant sa propre citoyenneté en « ennemi de l’intérieur ».
La stratégie de l'asphyxie confessionnelle
Sur le terrain, les indicateurs d’une accélération de la répression se multiplient. Le Dr Rashed al-Rashed, figure de proue de l'opposition politique bahreïnie, documente depuis plusieurs jours un tournant doctrinal majeur de l'appareil sécuritaire de Manama. Selon ses analyses, les mesures d’exception récemment adoptées dépassent largement le cadre de la sécurité préventive :
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Criminalisation du pèlerinage : Les autorités ont décrété l’interdiction formelle de voyager vers l’Iran et l’Irak. Cette décision, qui prive les fidèles de l’accès aux lieux saints du chiisme, transforme de facto un acte de foi séculaire en délit d'État.
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Mise sous séquestre des dotations pieuses : Les procédures visant à dissoudre l'administration des Ougaf Jaafari (les biens de mainmorte chiites) équivalent à une tentative d'asphyxie financière des mosquées et des Husseiniyehs.
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Guerre psychologique et déchéance de nationalité : Parallèlement aux vagues d’arrestations nocturnes visant les cercles cléricaux et intellectuels, des campagnes numériques coordonnées réclament la déchéance de nationalité pour les voix dissidentes, un levier d'exclusion déjà massivement utilisé par le pouvoir.
Détourner l'attention du coût de l'alignement
Pour les observateurs régionaux, cette fébrilité sécuritaire trahit la profonde vulnérabilité d'un régime affaibli par ses choix stratégiques. En intégrant activement la coalition militaire américaine contre l'Iran, Manama a exposé le micro-État à des risques de rétorsion disproportionnés, au mépris direct de la volonté populaire.
« Dans n'importe quel conflit, l'autorité cherche l'union. Ici, le pouvoir utilise le prétexte de la guerre pour solder ses comptes avec l'opposition », résume le Dr al-Rashed.
La brutalité du dispositif policier actuel fait office d'exutoire politique : elle vise à masquer l’échec stratégique d’une monarchie incapable de peser sur le cours des événements extérieurs, et qui retourne ses forces de sécurité contre sa population pour feindre le contrôle de la situation.
Le spectre de l'implosion sociale
En refusant de créer des espaces de dialogue et en criminalisant les libertés fondamentales, Manama s'enferme dans une impasse. L'argument de la « trahison nationale », brandi de manière systématique contre quiconque conteste l'alignement géopolitique du gouvernement, détruit les derniers canaux de confiance entre le palais et la société civile.
À l'évidence, cette politique du pire fragilise la sécurité de Bahreïn bien plus que les menaces extérieures. En transformant des revendications civiques et religieuses légitimes en une crise sécuritaire globale, le régime des Al Khalifa s'isole sur le plan national et s'expose, à moyen terme, à un retour de flamme social que ses parrains occidentaux, eux-mêmes en grande difficulté, ne pourront pas éternellement contenir.
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