25 août 2026 - 11:17
Un professeur de Cambridge : « Trump a commis la plus grande erreur stratégique américaine depuis le Vietnam »

Le professeur John Dunn, professeur émérite de théorie politique à l’Université de Cambridge, considère le transfert des forces américaines du golfe Persique vers la Jordanie et l’Arabie saoudite comme un signe manifeste de retrait de Washington. Il affirme également que la décision de Donald Trump de rejoindre l’attaque de Benjamin Netanyahu contre l’Iran constitue la plus grande erreur stratégique des États-Unis depuis la guerre du Vietnam.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Depuis plusieurs décennies, la stratégie américaine dans le golfe Persique reposait sur une présence militaire maximale et sur la consolidation de l’hégémonie de Washington. Cependant, l’émergence de capacités asymétriques en matière de drones et de missiles dans la région, notamment après les attaques iraniennes contre les bases américaines, a profondément remis en question cette doctrine.

Le transfert visible des forces américaines depuis les zones les plus exposées du golfe Persique vers des pays comme la Jordanie et l’Arabie saoudite soulève désormais une question fondamentale : Washington est-il en train d’opérer un retrait progressif de la région ou cherche-t-il à modifier son dispositif militaire afin de réduire la vulnérabilité de ses forces tout en préservant son influence stratégique ?

Dans ce contexte, le professeur John Dunn, professeur émérite de théorie politique à l’Université de Cambridge, membre du King’s College et professeur honoraire à l’Université Renmin de Chine à Pékin, s’est exprimé dans un entretien accordé à l’Agence de presse AhlulBayt (ABNA) sur l’évolution de la stratégie militaire américaine et le déplacement des forces de Washington du golfe Persique vers des pays tels que la Jordanie et l’Arabie saoudite.

Interrogé sur la question de savoir si ce changement constituait réellement un retrait américain ou plutôt un repositionnement stratégique destiné à réduire la vulnérabilité des forces américaines face aux attaques de missiles et de drones iraniens, John Dunn a répondu : « Oui, il s’agit clairement d’un processus de retrait. »

Il a toutefois souligné qu’il était difficile de déterminer avec précision l’impact de cette évolution sur l’équilibre militaire dans le golfe Persique, car celui-ci dépendrait également d’autres facteurs, notamment de la volonté persistante de Donald Trump de poursuivre la guerre contre l’Iran et de l’importance qu’il accordera à la région une fois le conflit terminé.

Interrogé ensuite sur la possibilité que la doctrine américaine de présence militaire maximale au Moyen-Orient touche à sa fin et que cette évolution crée un vide sécuritaire poussant les acteurs régionaux à établir leurs propres alliances de sécurité, le professeur de Cambridge a estimé qu’il était peu probable que Donald Trump, et encore moins son successeur, abandonne facilement son intérêt pour le golfe Persique.

« Quel que soit le résultat de la guerre et quel que soit le moment où elle prendra finalement fin, tous les acteurs régionaux examineront très activement dans quelle mesure ils peuvent se protéger en coopérant avec d’autres puissances », a-t-il déclaré.

La plus grande erreur stratégique américaine depuis la guerre du Vietnam

John Dunn a ensuite été interrogé sur les déclarations de Wendy Sherman, ancienne vice-secrétaire d’État américaine, concernant la frustration de Donald Trump et le risque que celle-ci conduise la politique étrangère américaine vers des décisions impulsives et dépourvues de stratégie à long terme.

Le professeur de Cambridge a estimé que la décision de Donald Trump de rejoindre l’attaque de Benjamin Netanyahu, Premier ministre du régime sioniste, contre l’Iran, ainsi que les conséquences inattendues de cette décision, avaient détruit la confiance dont bénéficiaient encore les États-Unis auprès d’autres pays quant à la transparence et à la crédibilité de leur politique étrangère.

« Sa décision de faire cela a été la plus grande erreur stratégique des États-Unis depuis la guerre du Vietnam », a-t-il affirmé.

Une victoire politique iranienne et une occasion de consolider les acquis par la diplomatie

Interrogé sur la manière dont l’Iran pourrait transformer ses acquis militaires en une victoire politique durable sur le plan diplomatique, dans l’hypothèse où Washington accepterait ce retrait, John Dunn a déclaré que l’Iran avait d’ores et déjà remporté une importante victoire politique dans cette guerre.

Selon lui, Téhéran pourrait consolider durablement cet acquis en s’engageant en faveur de la création d’un État palestinien dans ce qui reste de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, sur la base de la solution à deux États.

Il a toutefois souligné que l’objectif de destruction du régime sioniste n’était pas accepté par de nombreux pays à travers le monde, indépendamment de leurs positions concernant la création de ce régime ou leurs opinions sur ses politiques depuis la mort de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin.

Les sanctions contre l’Iran : un instrument dont Washington ne peut prévoir la durée

Concernant les déclarations de Donald Trump sur l’application d’une pression économique maximale contre l’Iran et la possibilité que ces sanctions produisent les résultats recherchés par Washington, John Dunn a rappelé que l’Iran disposait d’une expérience considérable dans le domaine des sanctions.

« L’Iran a suffisamment d’alliés qui sont des adversaires des États-Unis, ce qui lui permet de résister indéfiniment aux sanctions », a-t-il déclaré.

Le professeur de Cambridge a néanmoins reconnu que la poursuite de ces sanctions entraînerait de lourdes souffrances pour la population iranienne.

Il a également souligné l’incertitude entourant la politique de Donald Trump, estimant que personne ne pouvait savoir combien de temps les sanctions resteraient en vigueur.

« Avec Trump, personne ne sait combien de temps ces sanctions dureront ; peut-être seront-elles toutes levées dès ce soir », a-t-il conclu.

Fin/229

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