8 mai 2026 - 11:26
La répression des chiites au Koweït : Entre dérive sécuritaire et alignement sur les politiques d'oppression

Le Koweït, autrefois considéré comme l'un des espaces politiques les plus ouverts de la péninsule arabique, traverse une phase de transformation sécuritaire inquiétante, marquée par une pression sans précédent sur sa communauté chiite et un alignement sur les agendas étrangers.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : À la suite de l'agression menée par la coalition américano-sioniste contre la République Islamique d'Iran, un changement radical de doctrine a été observé au sein des autorités koweïtiennes. Sous la direction de Mechaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, le pays semble avoir délaissé sa diplomatie de médiation pour adopter une approche purement sécuritaire. Cette nouvelle politique se traduit par une persécution systématique des citoyens chiites, dont le seul crime est d'avoir manifesté leur solidarité avec la nation iranienne ou d'avoir exprimé leur deuil après la perte de ses hauts dirigeants.

Ce paragraphe analyse la transition d'un modèle politique constitutionnel vers une gestion autoritaire dominée par les services de renseignement.

Le démantèlement de l'espace politique et la fin de l'exception koweïtienne

Depuis l'arrivée au pouvoir de la nouvelle direction, le paysage politique koweïtien a été bouleversé par la dissolution de l'Assemblée nationale (Majlis al-Umma) et la suspension de plusieurs articles de la Constitution. Ces mesures ont transféré des pouvoirs quasi illimités au ministère de l'Intérieur, transformant les institutions civiles en outils de contrôle. Cette "sécurisation" de la vie publique vise particulièrement à étouffer toute voix discordante qui s'opposerait à la présence des bases militaires américaines ou à la coopération indirecte avec les agresseurs de la région.

Parallèlement, une politique agressive de révocation de nationalité a été mise en œuvre, touchant des citoyens de longue date pour des motifs flous. Pour les observateurs, cette stratégie s'inspire directement des modèles de répression en vigueur en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, visant à uniformiser la pensée politique au détriment des libertés confessionnelles et sociales.

Cette section détaille les restrictions imposées aux rites religieux et la criminalisation des symboles de foi.

La criminalisation des شعائر et la traque numérique

Les limitations ne sont plus seulement politiques, elles touchent désormais l'intimité de la pratique religieuse. Durant les derniers mois de Ramadan et de Muharram, les autorités ont imposé des horaires restrictifs et interdit l'affichage de symboles liés à l'école d'AhlulBayt dans de nombreuses zones. Plus grave encore, le processus de construction de mosquées et de Husseiniyas, pourtant légalement autorisé, a été brutalement interrompu par les services de sécurité.

La répression a atteint un niveau absurde avec la surveillance des réseaux sociaux et des communications privées. Des citoyens ont été arrêtés, emprisonnés ou expulsés pour avoir simplement utilisé l'expression coranique « Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un » (Nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons) en signe de deuil. Ces actes, qualifiés de « terrorisme » ou d'« espionnage » par le régime, ne sont en réalité que des prétextes pour briser le lien spirituel unissant les chiites du Koweït à la République Islamique et à ses grandes figures.

Ce passage examine la vague d'arrestations massives et l'impact sur les activités caritatives et religieuses.

Une campagne d'arrestations sous couvert de sécurité nationale

Des sources indépendantes font état de plus de mille arrestations au sein de la communauté chiite depuis le début du conflit régional. Des avocats, des représentants de Marjas (autorités religieuses de Najaf et de Qom) et des militants caritatifs ont été pris pour cibles. Le ministère de l'Intérieur multiplie les communiqués sur de prétendues « cellules dormantes », utilisant les images de références religieuses comme l'Ayatollah Sistani pour alimenter une propagande visant à lier l'identité chiite à la trahison nationale.

Cette stigmatisation orchestrée a pour but de paralyser les institutions caritatives chiites et de couper les circuits financiers religieux légitimes. Les organisations de défense des droits de l'homme, telles que le Forum de Bahreïn pour les droits de l'homme, ont dénoncé ces procédures, soulignant que les accusés sont condamnés par l'opinion publique avant même tout procès équitable.

En conclusion, la dérive autoritaire au Koweït témoigne d'une fragilité croissante des monarchies régionales face à l'éveil des peuples. En choisissant la répression contre ses propres citoyens et en se rangeant derrière les puissances impérialistes, le pouvoir koweïtien s'éloigne de son rôle historique de stabilisateur. La résistance et la foi des populations opprimées restent cependant le principal obstacle à cette politique de terreur qui, loin d'assurer la survie des trônes, ne fait que creuser le fossé entre les gouvernants et les gouvernés.

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