Ahlul Bayt Nouvelles Agence (ABNA) : La fin du mois d'août et le début de septembre nous ont gratifiés d'un mélo dramatique que seuls les rets compliqués de la géopolitique pouvaient concocter.
On a vu la France prendre au pied de la lettre la nouvelle d'une attaque chimique dans les faubourgs de Damas, sans prendre la peine de vérifier que, de toute évidence, Bachar al-Assad n'avait aucun intérêt à user de cet armement. Puis, s'est échafaudée une improbable coalition pour partir à l'aventure, dans une ingérence caractérisée et ce, en manipulant les opinions publiques. Ensuite, cette coalition s'est peu à peu disloquée sous le poids conjugué des doutes, de l'hostilité des opinions publiques ou des parlements, de la conviction sino-russe de l'innocence des troupes de Bachar al-Assad et de l'irruption de la flotte russe en Méditerranée. Finalement, la France et les Etats-Unis se sont trouvées isolés aux yeux du monde, enfermés dans un bellicisme devenu inconfortable même pour l'instigateur américain. Et c'est John Kerry qui dénoua la crise, tendant une perche à Poutine et suggérant que la Russie convainque le régime légal syrien de placer son arsenal sous contrôle international, la France se trouvant exclue des négociations entre les deux Grands. Voilà pour l'état des faits. Venons-en maintenant aux leçons qu'on peut en tirer.
‣ La France compte pour des prunes. Impression la plus évidente : la France s'est ridiculisée par son bellicisme brouillon et n'a guère pesé aux yeux des Américains. Moins en tout cas que si elle s'était tenue à son rôle habituel de troisième voie modérée, écoutant la Russie tout en restant un interlocuteur privilégié de l'opposition modérée syrienne, si tant elle existe encore […]
‣ Le gouvernement est engoncé dans ses certitudes et ne perçoit pas la réalité. Pas un moment, le gouvernement ou le président n'ont douté de la culpabilité de Bachar al-Assad. Quand bien même le contexte, les probabilités, le fait que des rebelles avaient déjà été interpelés en possession de bonbonnes d'agents chimiques mortels, et d'autres faits concrets montraient de façon très claire que Bachar al-Assad n'était pour rien dans l'attaque de Damas. Le gouvernement a ainsi refusé de prendre en compte les preuves fournies par la Russie, des images satellites prouvant que les missiles avaient été envoyés depuis une région agricole encore tenue par les rebelles au moment où les attaques ont eu lieu. Preuves qui ont participé à décourager une dizaine de pays à rejoindre la « coalition » tant voulue par les Américains pour aller en Syrie. Voire, comme l'ont fait l'Autriche et l'Italie, à s'opposer fermement au passage des avions de l'OTAN dans leur espace aérien tant que la culpabilité de Bachar n'aurait été fermement prouvée.
‣ Une dictature est en train de se mettre en place en France. Contre les manifestations hostiles de l'opinion publique, telles que les manifestations qui ont eu lieu dans plusieurs capitales régionales (Toulouse, Strasbourg) ou à Paris, le gouvernement a répondu par l'autoritarisme et la censure […]. Tout porte à croire que lentement mais sûrement, un pouvoir autoritaire réfractaire au pluralisme des opinions, dirigé par une idéologie aliénante et tout à fait déconnecté de la majeure partie de la population se met en place en France. A quand une intervention humanitaire internationale pour venir sauver les Français ?
‣ L'UMP [comme le PS, ndlr] n'a rien à faire au pouvoir. Durant toute cette « crise syrienne », l'UMP a montré à quel point sa perception de la réalité des choses était aussi atteinte de droit-de-l'hommisme et surtout de bêtise et à quel point l'intérêt politique immédiat, la quête effrénée des caméras ou de reconnaissance, la névrose en somme, gouvernaient les pensées de ses leaders. A quel point la perception des intérêts de la France, du peuple, était défaillante ! Et surtout pourquoi le mandat de Sarkozy, de 2007 à 2012, a été si catastrophique pour le pays. Que dire de Sarkozy qui a réclamé à cors et à cris une intervention en Syrie sinon qu'il y serait allé s'il avait été réélu […].
‣ Il y a une déconnexion majeure entre les médias et les Français. C'est peut-être la leçon qui donne le plus d'espoir. Malgré deux ans de campagne menée par tous les médias ou presque – de l'extrême-gauche à la droite– contre Bachar al-Assad et pour une ingérence « humanitaire » en Syrie […].
Comme je l'expliquais, il y a deux semaines à la Voix de la Russie, beaucoup de Français sont en train de se « déconnecter » des médias dominants : ils les lisent et les regardent encore, mais ne les croient plus. En eux, s'est enraciné le préjugé solide que le journaliste d'un média dominant est un menteur ou (au mieux) un fainéant, que leur journal n'est bon que pour emballer le maquereau ou les verres lorsqu'on déménage, et que l'indépendance et l'information vraie ne riment même pas avec leur journal local, mais se trouvent dans –quelques– médias étrangers pour ceux qui maîtrisent leurs langues ou alors dans ces médias indépendants qui ont subsisté sur papier ou éclos sur Internet. Une part énorme des jeunes ne lit plus du tout les médias dominants. Une part non moins importante des moins de soixante ans les parcourt, mais seulement pour savoir ce qui se passe et non se faire une opinion qu'ils vont se forger de deux façons : en comparant les sources et en allant chercher l'indépendance sur le Web. Là bas, le cloisonnement et la propagande peuvent être facilement contournés. La crise syrienne et le refus majoritaire par l'opinion d'une ingérence française ont montré, peut-être pour la première fois, l'importance des médias indépendants et de ceux qui les animent dans le maintien du libre arbitre et des libertés dans notre pays si mal gouverné et qui manque tant d'alternatives politiques crédibles.
Fin/229
22 septembre 2013 - 20:30
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