Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : « Pour nous, il n'était pas seulement un leader politique, mais un symbole de résistance »
À Téhéran, où elle poursuit ses études en master en études des femmes et de la famille à l'Université Baqir al-Olum, Heriti Latif suit de près les évolutions de son pays d'origine. Interrogée sur les réactions suscitées par le martyre du Guide suprême en Indonésie, elle confie : « La nouvelle a été un choc. Non seulement pour la communauté chiite, mais pour l'ensemble de la population. Beaucoup d'Indonésiens voyaient en lui une figure d'intégrité et de fermeté face à l'arrogance occidentale. »
Selon elle, la disparition du leader iranien a eu un double effet : une immense tristesse, mais aussi une curiosité nouvelle. « Des gens qui, auparavant, ne s'intéressaient pas à l'Iran ont commencé à poser des questions. Ils voulaient comprendre comment ce pays avait pu tenir tête aux États-Unis pendant des décennies. »
Une couverture médiatique sous le signe de la polarisation
En Indonésie, les médias ont largement couvert les événements, mais avec des approches divergentes. « Mon mari est journaliste pour une chaîne de télévision indonésienne, et j'ai moi-même participé à plusieurs émissions pour expliquer la position iranienne », explique-t-elle. Elle observe que certains médias cherchent à offrir une vision équilibrée, tandis que d'autres se contentent de relayer la narration occidentale.
« Mais ce qui a marqué les esprits, c'est la capacité de l'Iran à déjouer les pronostics. Les images des frappes, la résistance sur le terrain, la mobilisation populaire ont brisé l'image d'un pays affaibli par les sanctions. Les Indonésiens ont compris que l'Iran n'est pas un pays que l'on peut soumettre. »
La fin du mythe américain et l'émergence d'un modèle
Pour la chercheuse, un des enseignements majeurs de ce conflit réside dans la déconstruction du récit dominant. « Les États-Unis ont toujours été présentés comme une superpuissance incontestable. Or, l'Iran a montré qu'il était possible de résister, de préserver sa souveraineté, et même de progresser technologiquement malgré les pressions. »
Elle souligne que l'opinion publique indonésienne a été frappée par les réalisations iraniennes dans les secteurs de la santé, de la recherche ou de l'enseignement supérieur. « Beaucoup pensaient que les sanctions avaient totalement paralysé l'Iran. Aujourd'hui, ils voient que ce pays a su développer des filières d'excellence, former des ingénieurs, des médecins, des chercheurs. C'est un exemple de résilience qui inspire. »
Une communauté chiite minoritaire mais influente
Interrogée sur le poids de la communauté chiite en Indonésie – estimée entre 1 et 5 millions de personnes –, Heriti Latif précise que l'attrait pour l'Iran dépasse largement ce cercle. « Des figures sunnites comme Abdurrahman Wahid ou Amien Rais ont souvent salué l'indépendance politique de l'Iran et son soutien à la cause palestinienne. Aujourd'hui, des étudiants, des universitaires, des militants de toutes obédiences regardent l'Iran comme un modèle de dignité nationale. »
L'appel à une coopération renforcée
Face à cette aspiration nouvelle, la chercheuse formule des propositions concrètes. « L'Iran dispose de capacités exceptionnelles en médecine, en pharmacie, en ingénierie, en sciences islamiques. Il faut multiplier les bourses d'études, les échanges de chercheurs, les projets communs. »
Elle insiste également sur l'importance de la coopération culturelle et médiatique. « Les Indonésiens doivent voir l'Iran sans le filtre des médias occidentaux. De même, les Iraniens gagneraient à mieux connaître l'Indonésie. Les relations entre nos deux pays ne doivent pas rester l'affaire des diplomates ; elles doivent vivre à travers nos universités, nos médias, nos familles. »
Conclusion : une fenêtre historique
En dépit des pertes humaines et matérielles, Heriti Latif estime que la guerre a ouvert une brèche inédite. « Le peuple indonésien a découvert un Iran qu'il ne connaissait pas. Un Iran résilient, innovant, indépendant. C'est une opportunité historique pour construire des liens durables. »
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