Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Selon le site d’information Al Jazeera Net, les relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, deux pays turcophones entretenant des liens politiques et militaires étroits, se sont tendues après l’adoption, le mois dernier, de nouvelles dispositions relatives aux uniformes scolaires en Azerbaïdjan. Ces règles interdisent tout vêtement ou accessoire ajouté à l’uniforme qui serait incompatible avec le principe de la laïcité dans l’enseignement public.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des élèves et des enseignantes portant le hijab empêchées d’entrer dans des établissements publics à Bakou, la capitale, ainsi que dans d’autres villes du pays. Pourtant, le texte de la décision ne mentionne pas explicitement l’interdiction du voile islamique.
Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a déclaré que les personnes inscrites sur la liste des individus indésirables avaient utilisé les réseaux sociaux et des plateformes en ligne pour diffuser des prises de position visant, selon ses termes, la souveraineté du pays, sa sécurité nationale, son ordre constitutionnel, sa population et ses dirigeants.
Le ministère leur reproche également d’avoir appelé au renversement du gouvernement par la force, encouragé des violences motivées par l’extrémisme religieux et incité à la haine et à l’hostilité confessionnelles. Il a averti que d’autres mesures appropriées pourraient être prises à l’avenir.
Des responsables politiques et des personnalités médiatiques parmi les personnes visées
Les autorités azerbaïdjanaises n’ont fourni aucun exemple précis des publications reprochées aux personnes concernées. La liste comprend toutefois Fatih Erbakan, président du Parti du nouveau bien-être en Turquie, Ömer Faruk Gergerlioğlu, député turc, ainsi que Yahya Oğraş, vice-président du parti HÜDA PAR.
Des journalistes, des blogueurs, des auteurs spécialisés dans les questions religieuses et un ancien responsable du Parti de la justice et du développement (AKP), dirigé par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, figurent également parmi les personnes interdites d’entrée.
La décision a provoqué une vague de colère et de protestations sur les réseaux sociaux en Turquie.
S’adressant au président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, Fatih Erbakan a déclaré que la levée de l’interdiction du hijab pour les élèves en Azerbaïdjan leur suffirait, même si lui-même ne pouvait plus entrer dans le pays.
Il a également critiqué l’accueil réservé par Aliyev à Isaac Herzog, président du régime sioniste, à Bakou. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de préserver les liens fraternels entre les peuples turc et azerbaïdjanais.
De son côté, Ömer Faruk Gergerlioğlu a déclaré que l’Azerbaïdjan avait interdit l’entrée à lui-même et à 30 autres personnes, qualifiant cette mesure de « ridicule ». Il a décrit le gouvernement d’Ilham Aliyev comme autoritaire et l’a accusé de restreindre les libertés.
Contestation des restrictions sur le hijab : une interdiction présentée comme un motif de fierté
Hakkı Eren, journaliste dont le nom figure sur la liste, a expliqué que les autorités azerbaïdjanaises avaient justifié leur décision par sa participation à des rassemblements contre les restrictions visant le hijab, organisés devant l’ambassade et le consulat d’Azerbaïdjan en Turquie, ainsi que par ses publications sur les réseaux sociaux.
Il a affirmé que figurer sur cette liste n’était pas, à ses yeux, une source de honte, mais un motif de fierté. « Nous ne reculerons pas d’un seul pas lorsqu’il s’agira de dire la vérité », a-t-il déclaré.
Cette décision intervient après l’annonce, vendredi, par Bakou de poursuites engagées contre Celal Çiftçi, écrivain et journaliste du quotidien turc Şanlıurfa Olay. Il est accusé d’avoir appelé au renversement du gouvernement par la force et d’avoir encouragé l’extrémisme religieux.
Ankara critique les nouvelles règles scolaires
Auparavant, Oktay Saral, conseiller principal du président turc, avait vivement critiqué les règles adoptées par l’Azerbaïdjan en septembre dernier, en employant un langage inhabituellement dur dans le cadre des relations diplomatiques.
Il avait jugé ces restrictions inacceptables et affirmé que le port du hijab constituait une obligation religieuse. Il avait ajouté que la Turquie attendait de l’Azerbaïdjan qu’il revienne au plus vite sur cette décision.
Le lendemain de ces déclarations, le parti au pouvoir en Azerbaïdjan, le Nouvel Azerbaïdjan, dirigé par Ilham Aliyev, a affirmé que le pays était la cible d’une campagne croissante, systématique et ouvertement diffamatoire visant à diffuser des informations trompeuses.
Uniformes scolaires : le débat entre laïcité et liberté de porter le hijab
Le 21 septembre dernier, le gouvernement azerbaïdjanais a adopté des amendements à la réglementation relative aux uniformes scolaires. Les autorités ont présenté cette mesure comme un moyen de renforcer le caractère laïque du système d’enseignement public.
Ces modifications font suite à un décret publié en juillet par Ilham Aliyev concernant la mise en place d’uniformes standardisés dans les établissements d’enseignement publics.
Cependant, l’application de ces règles a déclenché une controverse sur les limites de l’obligation de porter l’uniforme scolaire et sur sa compatibilité avec la liberté de porter le hijab, dans un pays dont la population est majoritairement musulmane.
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