21 octobre 2026 - 17:57
Réseaux sociaux : comment le « scroll » devient un champ de bataille pour influencer les jeunes Iraniens

Dans une analyse consacrée à la guerre cognitive et à l’influence des réseaux sociaux sur la jeunesse iranienne, la chercheuse Firoozeh Deldari met en garde contre les mécanismes d’influence algorithmique, la transformation des modèles de réussite et la diffusion de modes de vie consuméristes. Elle appelle à renforcer l’éducation aux médias et la production de récits capables de répondre à ces influences.

Réseaux sociaux : comment le « scroll » devient un champ de bataille pour influencer les jeunes Iraniens

Dans une analyse consacrée à la guerre cognitive et à l’influence des réseaux sociaux sur la jeunesse iranienne, la chercheuse Firoozeh Deldari met en garde contre les mécanismes d’influence algorithmique, la transformation des modèles de réussite et la diffusion de modes de vie consuméristes. Elle appelle à renforcer l’éducation aux médias et la production de récits capables de répondre à ces influences.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) :

Le défilement des contenus sur les réseaux sociaux, communément appelé « scroll », est présenté comme l’un des nouveaux terrains de confrontation autour des croyances, des comportements et des modes de vie des jeunes Iraniens. Dans son analyse, Firoozeh Deldari, chercheuse et spécialiste des médias et de l’espace numérique, décrit une forme d’« infiltration silencieuse » qui s’exercerait progressivement à travers les fils d’actualité, les vidéos courtes et les publications des plateformes numériques.

S’appuyant sur des déclarations de l’ayatollah Khamenei, l’auteure souligne que les affrontements contemporains ne se limitent pas au domaine militaire. Elle cite notamment cet avertissement selon lequel la transformation des cœurs, des esprits et des pensées constitue un enjeu majeur. Cette approche s’inscrit dans le cadre de la « guerre hybride », décrite comme une confrontation qui vise également les convictions religieuses et politiques au moyen des médias, de la culture et de diverses formes d’influence.

Les influenceurs et la transformation des modes de vie

L’analyse identifie trois mécanismes principaux. Le premier concerne le remplacement progressif des groupes de référence traditionnels — famille, enseignants et responsables religieux — par des influenceurs numériques. Grâce à leur popularité et à leurs contenus, ces derniers peuvent contribuer à modifier les représentations de la réussite, du bien-être et du progrès.

Le deuxième mécanisme porte sur la promotion de la consommation et de l’ostentation. Selon les recherches citées par Firoozeh Deldari, les blogueuses beauté participent à la diffusion d’une « vie mise en scène », dans laquelle l’apparence, les produits de consommation et la réussite individuelle occupent une place centrale.

L’article avance que l’Iran se situerait au septième rang mondial pour la consommation de produits cosmétiques et au deuxième rang régional. Il indique également que l’âge de début d’utilisation de ces produits serait descendu à 14 ans et qu’ils représenteraient 22 % du panier de consommation des ménages. Ces chiffres sont attribués aux sources mentionnées dans l’étude.

Les algorithmes et le risque d’enfermement dans une chambre d’écho

Le troisième mécanisme concerne le fonctionnement des algorithmes de recommandation. Selon l’auteure, lorsqu’un adolescent consulte de manière répétée des contenus similaires, les plateformes peuvent continuer à lui proposer des publications correspondant à ses préférences antérieures.

La rubrique « Explorer » peut alors devenir, selon cette analyse, une « chambre d’écho » dans laquelle l’utilisateur est principalement exposé à des idées semblables aux siennes. Il risque ainsi de croire que les opinions qu’il rencontre sur son écran sont représentatives de celles de l’ensemble de la société.

Pour illustrer l’ampleur de cette exposition, l’article cite des données selon lesquelles plus de 85 % des adolescents iraniens âgés de 12 à 18 ans seraient membres d’au moins un réseau social. Il mentionne également une moyenne quotidienne de 3,56 heures consacrées aux réseaux sociaux par les utilisateurs iraniens de la génération Z, contre 2,51 heures à l’échelle mondiale. Ces chiffres sont rapportés à partir des références mentionnées dans le texte.

La notion de « waswasa » et la réponse culturelle

Firoozeh Deldari mobilise plusieurs versets coraniques pour analyser cette forme d’influence. Le premier, tiré de la sourate An-Nas, évoque le tentateur furtif qui souffle ses suggestions dans les poitrines des hommes. L’auteure rapproche cette notion des opérations de propagande qui, selon les déclarations de l’ayatollah Khamenei citées dans l’article, déforment la perception des faits.

Un deuxième verset, issu de la sourate Al-Hijr, évoque la volonté d’embellir les actes afin d’égarer les êtres humains. L’auteure y voit une illustration de la progression graduelle de l’influence. Un troisième passage, tiré de la sourate Al-Furqan, appelle à mener un « grand combat » au moyen du Coran. L’ayatollah Khamenei interprète le « jihad kabir » comme le refus de suivre l’ennemi et de se soumettre à ses orientations.

Sur le plan pratique, l’article souligne que les interdictions et les restrictions d’accès au numérique ne suffisent pas à répondre aux défis rencontrés par les adolescents. Il cite la position du président de l’Organisation iranienne de protection sociale, selon laquelle l’exclusion des jeunes du monde numérique n’est pas une solution suffisante. L’éducation au numérique et le renforcement de la culture médiatique sont présentés comme des moyens de former des citoyens plus conscients, créatifs et responsables.

Enfin, l’auteure rapporte l’appel de l’ayatollah Khamenei à adapter les dispositifs de communication et de propagande aux domaines ciblés par l’adversaire, notamment les connaissances islamiques, chiites et révolutionnaires.

Pour Firoozeh Deldari, l’enjeu dépasse ainsi le simple usage des plateformes numériques : il concerne les représentations, les habitudes quotidiennes et les critères de réussite de la jeune génération. Elle présente le développement de la culture médiatique et la capacité à produire des récits actifs comme des éléments essentiels pour faire face à ces mécanismes d’influence.

Fin/229

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