18 janvier 2026 - 23:32
Source: IQNA
L’effort d’Al-Azhar pour diffuser le message universel du Coran à travers le projet « Traduction de mille livres »

L’université d’Al-Azhar, l’une des plus anciennes et des plus influentes institutions islamiques du monde, joue depuis des siècles un rôle central dans la diffusion du savoir religieux et dans la promotion d’une compréhension équilibrée et modérée de l’islam.

Consciente des défis contemporains, notamment la méconnaissance de l’islam, la montée de l’islamophobie et la propagation de discours extrémistes, Al-Azhar a relancé un vaste projet intellectuel et culturel intitulé « Traduction de mille livres ». Porté par la faculté des langues et de la traduction de l’université, ce projet vise à transmettre à l’échelle mondiale le message du Coran et la pensée d’Al-Azhar à travers la traduction d’ouvrages scientifiques, culturels et religieux vers de nombreuses langues. La traduction récente du Coran en espagnol et en allemand constitue l’une des réalisations majeures de cette initiative ambitieuse.

L’importance stratégique et culturelle du projet « Traduction de mille livres »

Selon Khaled Abbas, doyen de la faculté des langues et de la traduction de l’université d’Al-Azhar, la relance du projet « Traduction de mille livres » représente une avancée majeure dans l’histoire de cette faculté. Il s’agit d’un projet à dimension nationale et internationale, conçu pour transférer le savoir, la culture et la méthodologie intellectuelle authentique de l’islam vers le reste du monde. La langue étant un pont essentiel entre les peuples, Al-Azhar considère la traduction comme un outil fondamental pour corriger les idées reçues, favoriser le dialogue interculturel et présenter l’islam dans sa réalité intellectuelle et spirituelle.

Le projet repose sur la sélection rigoureuse des meilleurs ouvrages scientifiques, religieux et littéraires produits par les savants d’Al-Azhar. Ces œuvres sont ensuite traduites de l’arabe vers d’autres langues, afin de rendre accessibles les productions intellectuelles de cette institution, reconnue pour son approche du juste milieu et de la modération, tant au niveau local que régional et international. L’objectif n’est pas seulement de diffuser des textes, mais de transmettre une vision globale de l’islam fondée sur la connaissance, la raison et l’éthique.

Khaled Abbas souligne que l’université d’Al-Azhar dispose d’un corps professoral hautement qualifié, composé de spécialistes des sciences islamiques, mais aussi de philosophes, de littéraires et de chercheurs dans diverses disciplines scientifiques. Beaucoup d’entre eux ont reçu des distinctions académiques prestigieuses. À titre d’exemple, deux enseignants de la faculté des langues et de la traduction ont récemment remporté des prix lors d’un concours international de traduction au Qatar, dans les catégories française et anglaise. Ces compétences humaines constituent le socle du projet « Traduction de mille livres ».

Pour lancer ce programme, une commission centrale a été mise en place sous la présidence du recteur de l’université, avec la participation de plusieurs doyens, dont ceux de la faculté des langues et de la traduction et de la faculté des études humaines pour les étudiantes. Cette commission a élaboré un plan de travail précis et défini des critères stricts pour la sélection des ouvrages à traduire. Parmi ces critères figurent l’appartenance de l’auteur à Al-Azhar, la valeur scientifique et intellectuelle de l’ouvrage, ainsi que son impact potentiel sur le lecteur. Après validation, les projets sont confiés à des comités spécialisés au sein de la faculté.

En matière de diffusion, l’université ambitionne de créer sa propre imprimerie afin de publier les ouvrages traduits et les travaux originaux. Toutefois, en raison des coûts élevés, ce projet n’a pas encore abouti. En attendant, Al-Azhar coopère avec le Centre de traduction de l’université et avec certaines maisons d’édition. Les ouvrages traduits sont également diffusés gratuitement sous format numérique, notamment en PDF, à destination de centres islamiques et d’institutions étrangères, renforçant ainsi la portée internationale du projet.

L’effort d’Al-Azhar pour diffuser le message universel du Coran à travers le projet « Traduction de mille livres »

La place centrale du Coran et la lutte contre l’extrémisme dans le cadre du projet

Le Coran occupe une place particulière et prioritaire dans le projet « Traduction de mille livres ». Khaled Abbas rappelle que la faculté des langues et de la traduction joue un rôle clé dans la traduction des significations du Coran. Il cite notamment l’ouvrage « Les sens du Noble Coran », offert par le cheikh d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayeb, au président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, qui fait partie des traductions supervisées par le Centre de traduction d’Al-Azhar en collaboration étroite avec la faculté.

Dans ce cadre, la faculté a été chargée de traduire le Coran en espagnol et en allemand, deux langues stratégiques compte tenu de leur large diffusion en Europe et en Amérique latine. Toute traduction de textes religieux ou islamiques réalisée par Al-Azhar doit impérativement être soumise à l’examen et à la supervision de la faculté des langues et de la traduction, afin de garantir la rigueur scientifique, la fidélité au sens original et le respect des subtilités théologiques.

Parallèlement, le projet s’inscrit dans une stratégie globale de lutte contre l’extrémisme et l’islamophobie. L’université d’Al-Azhar dispose d’un centre spécialisé dans la lutte contre l’extrémisme, regroupant près d’une centaine de chercheurs, dont beaucoup sont issus de la faculté des langues et de la traduction. Ce centre opère en douze langues internationales et répond, par des analyses argumentées et des articles spécialisés, aux discours extrémistes et aux campagnes hostiles à l’islam. La question palestinienne figure également parmi les sujets suivis en permanence par ce centre.

La spécificité de la faculté des langues et de la traduction réside dans la diversité de ses départements linguistiques, qui incluent l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol et le chinois. Elle se distingue surtout par l’existence d’un département unique d’études islamiques enseignées en six langues étrangères, permettant aux futurs chercheurs, imams et prédicateurs d’acquérir une solide maîtrise linguistique et culturelle. Ainsi, lorsqu’ils sont envoyés à l’étranger, ils sont pleinement capables de communiquer avec les sociétés locales et de transmettre la pensée d’Al-Azhar de manière adaptée et efficace.

Enfin, Khaled Abbas aborde la question de l’intelligence artificielle dans le domaine de la traduction. S’il reconnaît que certaines formes de traduction, comme celles des conférences ou des réunions officielles, pourraient à l’avenir être partiellement automatisées, il affirme avec conviction que la traduction des textes religieux, juridiques ou littéraires de haut niveau restera indissociable de l’intervention humaine. La compréhension profonde des concepts coraniques, de leurs dimensions spirituelles et contextuelles, ne peut en aucun cas être confiée exclusivement aux machines.

À travers le projet « Traduction de mille livres », Al-Azhar affirme ainsi sa volonté de demeurer un acteur majeur du dialogue intellectuel mondial et de transmettre, par la connaissance et la traduction, un message universel fondé sur la paix, la modération et la compréhension mutuelle.

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