Islam à Taïwan: partagé entre le poids des traditions et l’espoir du renouveau

 Islam à Taïwan: partagé entre le poids des traditions et l’espoir du renouveau

Chaque Joumou’aa environ 1 millier de fidèles se réunissent dans la grande mosquée de Taipei, nichée au cœur de la capitale, pour la prière hebdomadaire. En proportion, seuls 20% des fidèles sont d’origine taïwanaise, la majorité proviennent d’Indonésie, du Pakistan, de la Malaisie mais aussi d’Afrique et du Moyen-Orient.

Agence de Nouvelles d'Ahlul Bait (ABNA) : La mosquée date de 1960 et fut construite grâce aux dons de la communauté locale et à l’aide financière de l’Arabie Saoudite. Depuis des liens étroits demeurent comme en témoigne la visite symbolique du roi saoudien Fayçal en 1971.

Selon le président de la grande mosquée de « la ville du nord », Omar Yang :

«Il y a une crise de la foi parmi la communauté musulmane ici, qui découle principalement de l’absence d’éducation sur l’islam pour la jeune génération. Le poids de la culture locale et la persistance des traditions chinoises ont conduit à la disparition progressive des pratiques islamiques».

Lors d’un entretien accordé à Al-Jazeera, il relate cette histoire émouvante d’une famille ancienne de Taipei qui a découvert tardivement que leurs ancêtres étaient musulmans. Ainsi, ils honoraient par héritage certaines pratiques islamiques comme la non consommation de porc mais pratiquaient aussi des rites traditionnels extérieurs à la religion de Muhammad (PBSL). Un jour, en ce rendant au sanctuaire familiale, ils découvrirent, parmi les legs laissés par leurs ancêtres, un exemplaire du Saint Coran en langue arabe.

Pour Omar Yang, c’est une tragédie car  «La connaissance de l’Islam n’est pas transmise à la prochaine génération».

Pourtant, l’histoire de l’implantation des premiers musulmans sur l’île autrefois appelée Formose remonte à 1683 sous le règne de la dynastie des Qing. Puis avec le temps, la grande majorité d’entre eux furent assimilée par la culture dominante chinoise et progressivement la pratique de l’islam déclina.

En 1949, c’est l’arrivée des soldats du Kuomintang (KMT), le Parti nationaliste chinois dirigé par le général Chiang Kaï-chek, qui fuient le communisme de Mao Zedong. Le tiers d’entre eux, soit environ 20 000 personnes sont des Hui, une ethnie chinoise musulmane. Selon un rapport de 2012 de l’institut Pew Research Center, les musulmans représentent moins d’ 1% de la population totale de 23 millions de personnes.

Pour Yang, c’est une question de survie ; la « petite » république de Chine défie depuis 1945 la république Populaire de Chine ; Taïwan n’est toujours pas membre des nations unies et son statut de nation indépendante reste fragile.

Une de ses plus grandes réalisations a été la mise en place d’un régime démocratique qui reconnaît officiellement 26 religions, dont l’islam, connu sous le nom «Hui Jiao, la religion du peuple Hui». Le petit pays occupe le deuxième rang dans le monde dans l’indice de diversité et de tolérance religieuse, après Singapour (Selon un rapport de 2014 du Pew Research Center).

Si la tolérance envers tous les cultes est grande dans ce pays, les jeunes générations sont très fortement imprégnées par les us et coutumes de l’imposant voisin continental. Yang Sharifa, une étudiante de 21 ans, témoigne :


« Grandir à Taïwan, ce n’est pas évident, au sujet de mon identité je sentais toujours une contradiction entre la culture taïwanaise et l’islam ».

Beaucoup de jeunes musulmans déboussolés priorisent à tort la culture chinoise sur leur identité d’origine. Elle poursuit:
« Je pense que les jeunes musulmans taïwanais souffrent de la faible connaissance de leur religion parce qu’ils ne viennent pas à la mosquée pour apprendre, mais aussi parce que l’environnement taïwanais les influence ».

Leur méconnaissance de l’Islam découle aussi d’un manque de connaissance de leur propre histoire ; l’attrait pour la culture chinoise est défini par le travail, la richesse et le statut, un modèle de société matérialiste en contradiction avec les valeurs islamiques.

Désormais, Le renouveau de l’Islam sur l’île est symbolisé par l’émergence des nouveaux convertis taïwanais et l’arrivée d’une nouvelle vague de populations de travailleurs migrants en provenance de pays musulmans.Par exemple, à elles seules , les travailleuses domestiques indonésiennes représentent une population de 200 000 personnes. A tel point que le bahasa est maintenant la troisième langue d’affichage à la Grande Mosquée de Taipei, après le mandarin et l’arabe.

C’est un signe d’espoir pour l’Imam d’origine syrienne, Omar Ayash, qui officie à la Grande Mosquée de Taipei. Selon lui, il est plus facile d’enseigner l’islam à cette nouvelle génération qui n’a pas été exposée aux méthodes traditionnelles du passé. Il précise que :

«L’islam à Taïwan a été mélangé avec le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme » ce qui explique à ses yeux pourquoi cela rend si difficile d’enseigner les rites et le dogme musulman à l’ancienne génération. »

Avec cette récente vague d’immigration, La petite communauté musulmane du pays tente de redéfinir son identité ; un nouveau paysage social et religieux se dessine lentement à Taïwan. Dans un pays majoritairement bouddhiste, l’arrivée de nouvelles et diverses populations musulmanes participe au remodelage de la société taïwanaise moderne.

Masha Allah, un exemple de plus de cette magnifique capacité de l’Islam à s’enraciner dans un pays quel que soit la culture et la tradition d’origine.

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